Manger bio c’est pas du luxe


Extraits de la conférence du Dr Lylian LE GOFF
Rencontres « Argumenterre », Argelès sur Mer, 2009

 

 

Parmi tous les enjeux de société qui nous préoccupent en cette période de crise, celui de pouvoir se nourrir sainement à un prix abordable n’est certes pas le moindre, même pour les habitants d’un pays développé. L’état des lieux sanitaires de la population ne cesse de se dégrader comme en témoigne la progression constante depuis au moins ces vingt dernières années de fléaux de santé publique tels que l’obésité, le diabète, les cancers, les allergies, l’hypofertilité, etc.… L’alimentation explique en grande partie cette situation.

 

 

Consommer des produits sains ne suffit pas pour bien manger

 

: il importe de corriger le déséquilibre qui sévit depuis l’après guerre. Les protéines d’origine végétale ont été délaissées au profit quasi exclusif des produits animaux. Faire la part belle aux végétaux est un atout majeur pour la prévention sanitaire sans se ruiner grâce à l’économie réalisée avec des menus reposant sur la réduction de la quantité des protéines carnées et la consommation plus régulière de protéines végétales économiques et beaucoup plus riches en nutriments d’accompagnement (fibres, antioxydants, anticancéreux).

 

 

Les enjeux de la restauration collective bio

 


L’introduction de produits issus de l’agriculture biologique et la progression régulière de leur consommation en restaurations collectives jouent un rôle déterminant pour donner du sens à un véritable développement durable.

Il est possible de consommer régulièrement des produits bio sans pour autant grever les budgets. Depuis plus de dix années maintenant, des restaurations collectives le prouvent en appliquant des principes simples reposant sur le respect de l’équilibre alimentaire. Alors que la crise actuelle entraîne l’application de prix prohibitifs sur les produits conventionnels, plus que jamais, le mode d’emploi pour bien manger sans se ruiner devient vital ! Manger bio n’est pas une fin mais un moyen au service de la qualité de vie. Manger des produits certifiés AB, certes ; mais aussi consommer locorégional si possible et de saison et s’assurer que les filières de distribution sont impliquées dans une démarche de commerce équitable afin que le producteur puisse vivre de la qualité de ses produits.

 

 

Manger équilibré pour équilibrer le budget

 


La manière de manger importe autant que ce que l’on consomme. S’il est une règle d’or en nutrition, c’est bien de « manger de tout un peu ». Or, généralement, c’est l’inverse qui se produit : on mange peu de variétés d’aliments mais en trop grandes quantités.

L’expérience acquise, particulièrement en restauration collective, exigeante sur le prix, prouve que l’économie réalisée sur les produits animaux permet de tout acheter en qualité bio pour le même budget, à condition de calculer le coût moyen sur plusieurs menus et de respecter la variété des apports.

Pour « s’offrir » du bio sans grever son budget, il faut y avoir recours régulièrement. La qualité bio peut être abordable à condition d’être répartie sur plusieurs repas, alternant des menus à base :
• De protéines animales : viande, poisson, œuf, laitages,
• De plats mixtes : mariage de protéines animales et végétales,
• De menus végétariens (associés au cours d’un même repas, une céréale complète et une légumineuse apportent, en se complétant, des protéines équivalentes aux produits animaux).

La variété et l’alternance des menus permettent d’amortir dans le temps le surcoût des produits bio.

 

 

Enjeux de société et alimentation

 


Lorsqu’on considère tous les enjeux (sanitaires, environnementaux et socio-économiques) en relation avec les modes de production et les comportements alimentaires, ce n’est vraiment pas du luxe de manger bio. C’est même une nécessité. Non seulement l’agrobiologie ne pollue pas, mais elle renouvelle les ressources nourricières du sol tout en produisant des aliments beaucoup plus riches en nutriments protecteurs, comme le prouvent plusieurs études scientifiques nationales et internationales.

Le respect des équilibres naturels et de la physiologie des espèces confèrent à celles-ci une bien meilleure constitution avec une double conséquence : économie d’intrants et de traitements durant la production (pesticides, antibiotiques…) et richesse nutritionnelle allant de paire avec la qualité organoleptique des aliments (arômes et saveurs).

Manger équilibré avec des produits respectant les équilibres naturels concerne aussi la santé de la Planète. La biodiversité est mise à mal, avec une grande part de responsabilité aux pesticides. L’effet de serre induit des perturbations climatiques aux conséquences majeures en termes de catastrophes naturelles et sanitaires. Or, la majorité des gaz à effet de serre (GES) passent par notre assiette. Si l’on tient compte de tout ce qui est mis en œuvre pour garnir nos plats (engrais et pesticides de synthèse, élevages hors sol standardisés, mécanisation, transformation des produits, emballages, transports routiers, distribution, traitement des déchets…), au total, cela représente près d’un tiers des GES en équivalent carbone liés à l’alimentation. Les productions animales étant de loin les plus génératrices de GES. L’intérêt de l’agrobiologie, avec de filières plus locales, plus autonomes et économes en énergie fossiles, est de réduire d’autant les GES.

Les « performances » du système agricole dominant sont obtenues au prix d’aides, de primes et de compensations de toutes sortes et provoquent des crises environnementales, sanitaires et économiques générées par le productivisme qui grèvent lourdement les deniers publics. Le prix indiqué sur les étiquettes ne reflète donc pas la réalité économique. L’ensemble des coûts induits par les filières conventionnelles ne figure pas dans le prix affiché de leurs produits ; ces coûts sont « externalisés », c'est-à-dire supportés par les contribuables. Dans ces conditions, en réalité le consommateur-contribuable paye trois à quatre fois le prix apparent de certains produits. Tandis que l’agriculture biologique, très peu subventionnée, affiche le « juste prix ».

 

 

Conclusion

 


On voit bien à quel point le contenu de l’assiette conditionne des enjeux majeurs avec pour fil conducteur la santé : santé publique, santé socio-économique, santé de la Planète. Le grand intérêt de l’agriculture biologique est d’améliorer la qualité nutritionnelle des aliments ainsi que leur diversité, de préserver la biodiversité et les ressources en eau, de répondre aux enjeux énergétiques d’une moindre dépendance aux énergies fossiles et aux enjeux du dérèglement climatique et enfin de stimuler une économie relocalisée plus indépendante (rapport de la FAO de mai 2007 portant sur l’Agriculture biologique).